— Comme un lapin ! Je ne sais pas si c’est l’esprit de d’Artagnan qui a fait le coup, mais je vous avoue n’avoir jamais vu de type assaisonné à l’épée…

Je récapitule l’affaire.

— On a dû découvrir son cadavre plus tôt que je ne le supposais ; l’enquête a été rondement menée. Comme un idiot, j’étais descendu, à Ostende, à l’hôtel situé à l’arrêt du tramway. Les flics ont commencé par là… Bref, je m’en suis tiré tout de même. Mais il y a eu de la casse et, à l’heure présente, mon signalement doit être diffusé copieusement. Si je ne prends pas garde à mes os, il va leur arriver quelque chose d’ici peu de temps.

— Peut-être vaudrait-il mieux que vous regagniez l’Angleterre, suggère Bourgeois. Il me paraît difficile que vous puissiez travailler en étant traqué par la police. D’autre part, cela n’est pas prudent.

J’admets son point de vue.

— Écoutez, cher ami, San-Antonio ne s’est jamais dégonflé. J’ai été envoyé ici pour mettre la main sur le gars qui joue au petit soldat et je remplirai ma mission. N’ayez aucune crainte ; ni vous ni vos compagnons ne risquez quoi que ce soit de mon chef.

« Lorsque je serai sorti d’ici, vous ne me reverrez plus. La seule chose que je vous demande, c’est une boîte postale pour Londres ainsi que la liste complète de vos collaborateurs avec leurs adresses.

Il rougit un peu et, assez sèchement, me dit :

— Si vous pensez que je redoute quelque chose pour moi, vous vous trompez. Lorsqu’on a entrepris la tâche que j’accomplis, on ne se soucie pas de sa peau. Seulement j’ai des responsabilités écrasantes et je ne dois rien laisser au hasard…

— Allons, allons, fais-je en lui administrant une bourrade, je vois que nous sommes deux mecs pétardiers. Vous me plaisez, Bourgeois, et je suis certain que nous ferons de la bonne besogne.