Je pousse une exclamation de surprise. Je tire mon chapeau au marchand de meubles. Comme planque, on ne peut trouver mieux. Quelle cervelle chleuh se douterait qu’un des meubles de ce capharnaüm est, en réalité, un passage secret ?
Je pénètre à mon tour dans le bahut, puis, de là, dans la pièce et tout se remet en ordre derrière nous.
— Compliments ! dis-je. Votre cachette est all right.
— Elle est à votre disposition en cas de coup dur, affirme Bourgeois. Vous ne seriez pas le premier à l’utiliser, je vous assure…
La petite pièce contient un appareil émetteur de radio et tout ce qu’il faut pour développer des photos. Je confie mon appareil à mon hôte et j’admire la dextérité avec laquelle il opère.
— Je doute que ce soit fameux, lui dis-je, car l’éclairage n’était pas sensationnel.
Il ne répond rien. À la faible lueur de la lampe rouge, je le vois plonger ma pellicule impressionnée dans un bain. Puis il fixe le négatif sur du papier sensible.
J’attends en réfléchissant. Je souhaite ardemment que la photo soit, sinon bonne, du moins suffisamment claire pour que ma petite môme-caméra puisse être identifiée. Cette gosseline me tracasse comme une grippe de printemps. Je voudrais être rancardé à fond sur elle. Pourvu qu’elle ne calanche pas ! Ce serait dommage ; un bath châssis comme ça ! Moi je suis un grand sensible, voyez-vous, j’aime ce qui est beau, depuis le Clair de lune de Werther jusqu’au père Noël, en passant par les girls de Tabarin.
Bourgeois donne la lumière, ce qui a pour résultat de me faire battre des paupières.
— Pas si mal que cela, dit-il.