Je l’entraîne vers la petite porte qui commande l’entrée du grand huit. Nous entrons. Cela ne fait pas une grande marge de sécurité, car une simple et fragile barrière de bois nous sépare des mitraillettes allemandes.
— Halte ! crie Thierry.
— Et ta sœur ! je lui réponds.
Nous faisons front à nos agresseurs, mais nous reculons pas à pas. Il n’y a plus un matou dans le secteur et les petits chariots du grand huit continuent à démarrer seuls. Lorsque nous sommes à proximité de l’un d’eux, je fais signe à la petite et nous sautons dedans. Aussitôt, des clameurs s’élèvent chez les Frizous. Ils se ruent dans l’enceinte de l’attraction et entourent les piliers de bois de la construction.
Remarquez que notre effort est stérile, puisque le chariot accomplit un circuit fermé et qu’il reviendra à son point de départ. Mais puisque nous n’avons pas d’autre moyen pour reculer l’instant de la capture…
Nous dominons la fête ; cette perspective plongeante fait une curieuse impression sur une bande de soldats et de flics chargés de vous appréhender. Pour le moment, c’est nous qui appréhendons ! Et comment ! Nous sommes à deux mètres du faîte de cette rampe lorsque le chariot à crémaillère s’arrête. Thierry a ordonné au patron du manège de baisser la manette de l’interrupteur et nous voici coincés à vingt-cinq mètres de hauteur.
— Jetez votre revolver ! crie l’homme au pardessus à carreaux.
— Viens le chercher !
— Vous êtes pris, rendez-vous !
— Monte jusque-là respirer le bon air !