La balle tirée sur nous a produit un effet sensationnel ; en un clin d’œil, tous les mecs qui essayaient de rigoler à cette fête foraine se sont trissés. Nous demeurons seuls au milieu des sulfatés.

J’empoigne la pétoire qui est sur mes genoux et je descends les deux soldats qui se tiennent devant moi.

— Presto ! dis-je à Laura.

Elle saute de la petite voiture et s’élance à mes côtés. Un grand Chleuh s’interpose. Je le foudroie d’un coup de crosse. C’est inouï ce qu’on se sert de la crosse de ce revolver depuis un moment !

Nous filons jusqu’au grand huit. Parvenu devant la palissade de ce manège, je pousse un juron tellement retentissant qu’il a dû être entendu jusqu’au Maroc. Nous sommes cernés. Une bonne douzaine de mitraillettes sont braquées en demi-cercle devant nous. Il n’y a plus qu’à lever les pognes.

Thierry, qui réapparaît, jette un ordre en allemand.

— Qu’est-ce qu’il dit ? grommelé-je.

— Il nous veut vivants ! me répond Laura, qui comprend l’allemand.

— Sans blague ! Il compte peut-être faire du blé en nous exhibant dans un cirque !

Je prends une fois de plus la main de ma compagne. Cela ne fait pas une heure que nous nous connaissons, et pourtant j’ai l’impression d’avoir passé la moitié de mon existence à ses côtés.