— Je vous demande de m’abattre. Je ne tiens pas à tomber vivante dans les mains de la Gestapo. Je sais trop de choses et… j’ai un peu peur de la torture ! ajoute-t-elle en baissant la tête.
— Ne dites pas de conneries, Laura. Un petit lot comme vous n’a pas le droit de tenir de pareils propos. Je me suis trouvé déjà dans des situations tout aussi périlleuses, et j’ai toujours réussi à m’en tirer, vous savez, comme dans les romans policiers.
Je suis le héros sympathique, et un héros sympathique ne calanche jamais dans une histoire bien construite. Cela peut vous paraître idiot, cette petite conversation tenue tout au haut d’une attraction foraine, alors qu’une troupe d’hommes en armes vous cerne et que quelque deux mille badauds vous regardent.
Et pourtant, c’est la pure vérité. Nous discutons le bout de gras bien paisiblement, comme si nous nous trouvions à la terrasse d’un quelconque café « du commerce et de l’Abyssinie réunis ».
— Vous attendez quoi ? je crie à Thierry. Qu’on vous pète un singe ?
— Jetez votre revolver et nous vous permettrons de descendre en rendant le courant.
Évidemment, ça les énerve, ces braves gens, de se donner en spectacle à la paisible population bruxelloise. Comme attraction, la nôtre enfonce toutes celles de la fête !
Je regarde derrière moi, c’est-à-dire un peu plus haut. Le sommet du grand huit se termine par une très brève plate-forme, ensuite c’est la descente vertigineuse.
Après quelques minutes de contemplation, je baisse la tête.
Alors je m’aperçois d’une chose grâce, je le répète, à la vue d’ensemble que nous avons d’ici : tous les Allemands qui nous traquent sont à l’intérieur de la palissade. Ce qui fait que, si nous parvenions à descendre par un des piliers de soutien qui sont plantés sur le cours, en dehors de cette enceinte, les cornichons seraient obligés de ressortir par la petite porte d’entrée pour se lancer à nos trousses.