— Voici ce que nous allons faire, dis-je, je vous laisse mon appareil et vous faites le boulot illico. Je vous paierai le tarif double, mais il me faut les photographies dans une heure au maximum.
Il me regarde pensivement. Il paraît commotionné par mon ton autoritaire. Je jette un coup d’œil à ma physionomie, dans une glace, et je constate qu’avec mon imperméable et mon chapeau mou à bord rabattu, j’ai tout du Frizou en civil.
— Très bien, monsieur, murmure-t-il.
Je quitte sa boutique et vais m’installer à la terrasse d’hiver d’un café proche. Je m’envoie un « formidable d’Export » et je passe une revue détaillée des récents événements.
J’avoue, à ma grande honte, ne pas y entraver grand-chose. Cette partie qui se joue au nez et à la barbe des Fritz me déconcerte. Deux importantes questions me mangent la cervelle : qui a buté Slaak ? Qui est la môme à l’appareil photographique ?
En ce qui concerne la fille, s’il s’agissait de quelqu’un de chez nous, elle se serait fait connaître. À moins qu’elle n’eût été suivie et que…
Oui, c’est une idée qui se défend.
Je commande un double genièvre pour pousser la bière et un cognac triple pour me passer le goût du genièvre.
C’est un bon système à appliquer en matière de boissons. Vous pouvez être assurés que, sur ce chapitre, je suis un technicien, un virtuose. Je représente, dans les services secrets, le prix Nobel de la biture, le Paganini de la cuite en tout genre.
Mais pour l’instant, là n’est pas la question, comme disait le bourreau au condamné qui se trompait de porte.