— Eh bien ! fait-il.

Laura détourne la tête, rouge de confusion. Moi je me marre autant que le gars qui fait de la réclame pour la poudre hilarante.

— Salut, Bourgeois, je dis. Ne faites pas ces yeux-là, mon bon, vous allez me faire croire que votre papa ne vous a rien dit lorsque vous avez atteint l’âge de la puberté.

— Laura ! murmure-t-il d’un ton incrédule. La chaste Laura !

Il paraît vraiment interloqué.

Si nous étions seuls, lui et moi, je l’affranchirais une bonne foi sur la soi-disant chasteté des gonzesses. Mais je crains de passer pour un mufle, aussi je prends le parti de jouer le jeu et je soupire :

— Que voulez-vous, lorsqu’on a passé des instants comme ceux d’hier, on se sent liés par une sorte de chaîne invisible…

Le Bourgeois, c’est peut-être un superman de la Résistance, mais question amour il a l’air aussi évolué qu’une portion de gruyère. Ma petite phrase qui sent pourtant son Écho de la mode de loin le fait chialer.

Il nous serre la main.

— Oui, oui, bégaie-t-il, mes enfants, c’est magnifique ! Toute la ville en parle. La Gestapo tenue en échec par un couple audacieux ! Ça, c’est un exploit, un exploit qui s’inscrira en lettres d’or dans l’histoire de cette guerre.