— En somme, si vous aviez à rédiger un rapport, quel en serait le résumé ?

Il y a un silence. Je contemple tour à tour chacun des assistants : le professeur d’abord, calme et un peu indifférent, puis Héléna, méfiante et féline, puis Schwartz avec son air presque loyal, et enfin Boris Karloff, aux yeux injectés de sang.

— Le résumé de mon rapport, lady and gentlemen ? Le voici : le professeur Stevens, qui travaille avec nos savants, est allié à une puissance étrangère. Au fur et à mesure de leur réalisation, ses travaux sont transmis à cette puissance par radio. C’est sa dévouée secrétaire, miss Héléna, qui se charge de cette transmission. Mais les services de détection radio découvrent la « fuite ». La chose est signalée au professeur. On lui pose une foule de questions. Il sent que la dévouée secrétaire est « brûlée ». Il faut, pour la sauver, amorcer une autre piste afin d’égarer les enquêteurs. On organise donc un cambriolage… Mais ça n’est pas suffisant ; Héléna a deux flics au panier qui paralysent son activité.

« Alors, quelqu’un a l’idée de mettre un sosie, une autre Héléna, dans le circuit, pour brouiller les cartes. Et ce quelqu’un, mon petit doigt me dit que c’est l’ami Schwartz. Il a dû avoir dans son boui-boui, une girl roumaine qui ressemble à Héléna. Cette girl est la maîtresse d’un copain, ce brave Maubourg, et il n’est pas duraille de la gagner à la cause. Ça doit même l’amuser, cette poupée, de doubler Héléna… Version originale, sous-titres français…

« Seulement, les choses se gâtent. Ce ne sont plus deux chiens de garde qui sont sur les talons d’Héléna, mais un chien de chasse réputé : bibi. Vous l’avez su à temps, car vous surveilliez Ferdinand, le cambrioleur sur commande. Et vous avez vu notre entretien à la sortie du cinéma. J’ai été repéré… Vous vous êtes dit que tout était fichu, puisque je savais que l’ouverture du coffre était un truc au bidon. Automatiquement, j’allais entraver que ce maquillage cachait la crotte au chat… Alors, aux grands maux les grands remèdes : le gros bidule… D’abord se débarrasser de Ferdinand. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas ouvert le coffre. Et s’il ne l’a pas ouvert, c’est parce qu’Héléna, la vraie, qui se trouvait dans la maison, a décommandé l’opération parfaitement inutile désormais, puisque j’étais affranchi. Se manifester représentait la mise à mort du cambrioleur, lequel aurait été un terrible témoin à charge.

« Ensuite, le personnage d’Héléna s’avérant complètement compromis, il faut s’en séparer. On bute la fausse et on s’arrange pour que je voie le cadavre. Personne mieux que moi ne peut se porter garant de la mort d’Héléna. Seulement, ce meurtre ne résout rien. Il ne fait que m’écarter un instant de la bonne piste. Et la bonne piste, c’est le professeur. Alors, on simule un rapt. Il faut absolument que la réputation du professeur Stevens soit sauvegardée. Excellente, l’idée du râtelier sur la table de nuit…

« Et voilà, dans les grandes lignes… »

Je les regarde de nouveau. Ils semblent pétris d’admiration.

— Il faudrait des hommes comme vous dans notre équipe, décide Schwartz…

— Vous avez un contrat à me proposer ?