Héléna tourne vers moi son beau visage. La surprise y est étalée comme une nappe sur une table.
— Ça te la coupe, Héléna ? lui demandé-je.
— Que faites-vous ?
— Un numéro de classe internationale, comme d’habitude…
Je débouche à l’extrémité de la lande. L’avion tourne toujours. Au milieu de l’immense champ, un faisceau lumineux balaie la nuit. Ainsi que je le supposais, Stevens indique au pilote comment il doit prendre son terrain. Je coupe les gaz. Héléna se met à hurler de toutes ses forces pour alerter le professeur. Les garces sont les mêmes sous toutes les latitudes : elles n’ont pas plus de jugeote qu’une pince à sucre… Comment la douce Héléna peut-elle espérer se faire entendre à cette distance par un vieillard au-dessus duquel évolue un avion !
— Te fatigue pas, cocotte : tu vas te faire péter les cordes vocales et il faudra te mener chez l’accordeur…
Elle pige. Ça la met en rogne de comprendre que j’ai vertigineusement raison.
Moi, je me dis que je vais être obligé de la neutraliser si je veux avoir ma liberté d’action pleine et entière. Comment ? Je n’ai pas le plus petit morceau de ficelle à ma disposition… Si c’était un homme, j’irais carrément de ma grande scène du soporifique. Je lui ferais une anesthésie totale avec mes pognes. Mais je ne puis me résoudre à tabasser une souris aussi bath.
Je descends de l’auto et j’oblige Héléna à prendre ma place au volant. Elle obéit sans comprendre. Je la force alors à passer ses bras à l’intérieur du volant. Lorsque c’est fait, j’ôte ma ceinture et je lui lie solidement les paluches.
— Voilà, lui dis-je. Tiens-toi tranquille, j’espère ne pas en avoir pour trop longtemps.