Une fois que nous avons exploré tout le groupe scolaire, je sens une pointe d’amertume me titiller la gorge. Je pensais que c’était une bonne idée, cette visite à l’école. Maintenant il va falloir mettre des bignolons en campagne pour essayer de me dégauchir ce polisson !

— Je regrette, soupire le directeur.

— Pas tant que moi.

Il me tend une main tachée d’encre rouge. Je la regarde sans la serrer, comme s’il s’agissait d’un poisson mort. Le pauvre pédago ne sait pas quelle attitude adopter. Il paraît hésiter entre introduire sa pogne inemployée dans sa poche ou aller l’enfermer dans un frigo.

Si je ne la lui serre pas, ça n’est pas du tout pour l’humilier. Je ne vexe jamais les braves mecs qui me font leur turf. Non, je le laisse en rade, because je pense. Je pense, donc je suis. Et je suis sur un raisonnement qui se défend comme un poilu de Verdun. Je pense brusquement qu’il existe deux catégories d’écoliers dans une classe : les présents et les absents. Notre porteur de bombe n’était pas dans la première ; il peut fort bien appartenir à la seconde…

Hein ? C’est pas pensé à la Pascal ?

Je fais claquer mes doigts et j’attrape le directeur par la cravate.

— Les absents ! m’écrié-je.

— Je… je vous demande pardon, bégaie-t-il.

— Les absents ! Il y en a, non ?