Je hausse les épaules. Je sais d’ores et déjà que l’immatriculation de la voiture meurtrière ne nous conduira à rien. On s’apercevra que c’est une voiture volée et on la découvrira dans un terrain vague avant ce soir.

— Personne n’a vu le conducteur.

— Si, moi, affirme une concierge.

Elle se lance dans de grandes explications qui m’apprennent que son mari a une jambe articulée, qu’elle souffre de l’estomac, qu’elle a son neveu en Allemagne et qu’elle a été élevée dans un petit patelin du Cher.

Je me garde bien de l’interrompre, car je sais qu’on ne doit jamais indisposer un témoin lorsqu’on veut le vider des renseignements qu’il détient. Bref, nous arrivons à l’accident.

— On dirait qu’il l’a fait exprès ! affirme la vieille toupie. Il est arrivé à toute allure et il a fait un crochet pour attraper ce pauvre mignon… J’en suis complètement retournée, vous pouvez toucher mon cœur…

Je considère la poitrine de mon interlocutrice. C’est un colibard qui va chercher son quintal. Je décline l’invitation avec épouvante. Elle enchaîne donc, sans manifester la moindre déconvenue :

— Il avait une sale tête, ce type, j’ai eu le temps de le voir.

J’ouvre mes étiquettes toutes grandes.

— Il avait un nez très long, poursuit-elle. Et un chapeau rabattu sur le devant…