Elle continue puis recommence son histoire. Comme je n’ai pas le temps d’assister à la deuxième matinée, je me trisse.

Le beau temps tourne en flotte. Ça va peut-être continuer toute la journée…

J’entre dans un bistrot et me fais servir un grand noir. Je me sens encore vaseux. Faut dire que je n’ai pas eu le temps d’en écraser…

Tout en sirotant mon jus, je fais le point. Je l’aurai fait quelquefois depuis vingt quatre heures ! Que dis-je ! Depuis une quinzaine d’heures !

On a voulu me buter. Et on n’a pas regardé à la dépense. Et ceci, comme je le disais au chef, parce que ces lascars sont convaincus que je sais quelque chose de terrible sur eux.

S’ils croient que je sais quelque chose, c’est que j’ai été dans une situation qui m’aurait permis d’être affranchi. Quand ? Où ? C’est ce que je dois découvrir rapidos.

Je commande un second café et je mets mes poings sur mes châsses. Mon petit cinéma se met en marcher. Ça vaut les actualités Fox-Movietone, parole !

Je reprends tout depuis le début, c’est-à-dire depuis mon entrée dans la salle réfrigérée où Ferdinand allait se chercher un alibi maison. Je remets mes pieds dans les empreintes…. Tout est passé au crible. C’est un bon truc. Heureusement que j’ai une mémoire réglée comme l’horloge parlante. Je reprends mes souvenirs image par image, n’en abandonnant un que lorsque j’en ai fait le tour, que lorsque je l’ai décortiqué…

Ce qui doit se produire se produit, dirait un licencié ès lettres. Je finis par buter sur un petit quelque chose.

Je passe à la grande taule pour m’y munir d’un bon flingue, d’une bagnole et d’un collègue. M’est avis que je ne dois pas me risquer seul dans les endroits douteux.