— Jetez vos armes ! ordonne-t-elle à mon compagnon et à moi.
Bouboule soupire et prend son revolver ; je connais mon gros pote et je sais qu’il va risquer. En effet, mes pronostics s’avèrent exacts. Il fait le geste de jeter l’arme sur le tapis, mais au dernier moment il l’ajuste dans sa grosse patte et balance une dragée à Maubourg. Il s’est dit qu’entre un homme et une femme mieux valait mettre l’homme K.-O. en premier. Son calcul s’annonce inexact : Héléna n’est pas tout à fait une femme comme les autres. D’une rafale elle ôte à Bouboule toute envie de chiquer.
Cet échange de mauvais procédés a eu lieu en un temps record. Évidemment mon feu a son mot à dire, mais je n’ai pu le sortir efficacement car au moment où je tirais, la femme de chambre que j’avais perdue de vue s’est jetée sur mon bras et la balle se perd dans le plancher.
C’est le signal de la ruée. Toute la meute se jette sur moi et ce ne sont pas les éclopés qui billent le moins fort. Je ne sais pas quelle jouvence ont avalé Long-pif et Bertrand, mais qu’est-ce que je déguste, Auguste !
C’est le grand bidule, le patacaisse maison. En moins de deux je suis truffé comme une dinde de Noël…
Je tente en vain de réagir. Je suis renversé sur le divan et il m’est tout à fait impossible de me dégager de là.
Je prends mon mal en patience. Comme encaisseur, je bats ceux de la Banque de France et du Palais des Sports.
Je serre les mâchoires. J’en ai vu d’autres. Et puis je suis philosophe… Je joue une partie dans laquelle le vaincu n’a pas à attendre de tendresse du vainqueur.
— Laissez-le ! fait soudain Héléna.
À regret, les loups enragés me lâchent. J’essaie timidement de bouger et je m’aperçois que j’y parviens assez aisément.