La porte de la cave vient de s’ouvrir, pas celle conduisant à l’escalier secret, mais l’autre, qui doit aboutir à l’autre immeuble. Un homme se tient dans l’encadrement de la porte.

Je n’y pensais plus à celui-là : il s’agit de l’homme au regard d’aveugle. Le meurtrier de Ferdinand.

— J’arrive à temps, monsieur le commissaire, fait-il avec un accent à couper au sécateur.

Je constate avec surprise que les autres le considèrent avec surprise, comme s’ils ne le connaissaient pas.

— Mande pardon, fais-je, mais lorsque je dis merci à quelqu’un, j’aime bien savoir le nom de ce quelqu’un.

Il s’incline :

— Jo Joyce, de l’Intelligence Service…

— Ah bon !

On se serre la paluche.

— Je suis sur l’affaire depuis quelques jours, me dit-il. Exactement depuis qu’un garde-côte a découvert le cadavre du véritable professeur Stevens dans les environs de Douvres. Comme la disparition du savant n’était pas signalée par les services français, on m’a envoyé sur place. J’ai compris que le professeur Stevens de Paris n’était pas celui qui était parti de Londres. Il s’agissait d’un savant allemand, spécialiste des questions atomiques, qu’une puissance étrangère avait substitué au premier. J’ai attendu pour dévoiler le pot aux roses, afin d’avoir la possibilité de coffrer tout le réseau. J’avais découvert que les habitants de la maison de la rue Gambetta sortaient parfois par la rue de derrière. Ce matin j’ai donc surveillé l’issue de secours. J’ai vu entrer Héléna avec un autre homme. Comme ils ne ressortaient, je me suis hasardé et…