— Une seconde, dis-je.
J’ai parlé d’un ton si ferme, si péremptoire, qu’elle sursoit à sa décision.
— Héléna, fais-je, je ne voudrais pas [ ?] avec de la curiosité plein le citron. Or, une chose me turlupine : pourquoi, après le coup fourré de cette nuit, au lieu de ne songer qu’à vous planquer, n’avez-vous eu qu’une idée en tête : me supprimer ?
— Elle est bonne, celle-là, s’exclama Bertrand.
Héléna le foudroie du regard.
Elle redresse sa mitraillette. Mais les femmes, je vous l’ai dit, feront toujours des c… ries de femmes ; heureusement pour les jules.
Héléna m’appuie son arme sur la poitrine. Elle savoure ma mort. Elle veut voir la peur dans mes yeux. Elle guette ça âprement, cette hyène !
Je ne puis bouger les mains car elle presserait la détente. Alors, j’y vais au culot. Je fonce en avant. Il se produit un truc inouï, c’est que le canon de l’arme me sert de bélier. La crosse lui frappe la poitrine, l’obligeant à se reculer. Le hasard veut qu’en reculant, son coude entre en contact avec le tuyau incandescent de la chaudière. Elle pousse un hurlement et lâche son appareil à débiter des permis d’inhumer. Les autres ont vu le danger. Ils ne sont pas armés, mais ils se précipitent. Il ne faut pas qu’ils puissent s’emparer de la mitraillette car ce serait le tableau final. Comme je ne puis me baisser pour la ramasser, je n’ai pas d’autres ressources que de poser le pied dessus.
Je me mets donc à boxer en essayant de ne pas reculer. Long-pif et Bertrand y vont de bon cœur. Héléna et la femme de chambre itou. La situation est sans issue. D’autant plus que Bertrand vient de saisir un tisonnier de sa main valide et le lève pour m’en fracasser le crâne tandis que les trois autres me tiennent le bras.
— Hands up !