Pour lutter contre la grippe, je déclenche mon arme secrète d’automne numéro un : le rhum ! Depuis ce matin, je m’en téléphone des jerricans dans la brioche… Nature, en grog, du blanc, du brun… Ma toute dernière trouvaille, c’est mélangé à du sirop d’orange : une main de rhum et un doigt de sirop… L’essayer, c’est l’adopter ! Je consulte mon chrono et je constate qu’il me reste plus d’une heure à tuer avant de me rendre au rencart du grand patron. Si je ne suis pas la moitié d’un concombre, je vais me catapulter dans un ciné.

Dont acte !

Je m’engouffre dans un hall ravagé par le néon, et j’achète à la caisse pour dix balles d’émotions.

À peine répandu dans mon fauteuil, je comprends illico que je suis tombé sur le super naveton de l’année. Sur l’écran, il y a en premier plan une tordue du genre pin-up, qui chiale en caressant un ours en peluche.

Moi, les gonzesses qui chialent me courent sur le système glandulaire. Heureusement, la salle est chauffée. Je pose mon bada sur le fauteuil d’à côté, et je me mets à en écraser. De temps en temps j’ouvre un store, histoire de voir où en est l’exercice lacrymal de la souris. On ne peut pas savoir ce que c’est tartouze, le cinéma, lorsqu’on ne suit un film que par intermittence… Les bruits surtout sont marrants quand on ferme les châsses. On entend des claquements de portes, puis une musique nègre, puis un soupir de chatte en chaleur…

Drôle de méli-mélo, et y a des producteurs assez jojos pour exhiber ces salades au festival de Venise. Et y a des tordus assez tordus pour balanstiquer des Oscars à ces sucreries de pochettes surprises ! Des Oscars ! Un de ces jours, je fonderai le prix Jules ou le prix Eugène, et je le cloquerai à un documentaire quelconque sur les ratons laveurs ou la vie secrète d’un bandage herniaire…

J’en suis là de mes cogitations philosophiques, lorsqu’un gnace vient déposer son pétrousquin sur le fauteuil où j’ai mis sécher mon bitos. Évidemment, je commence à le traiter d’un tas de noms introuvables dans le Larousse. Il se rebiffe. Il m’explique que lorsqu’on a commencé une carrière de galurin sur une tranche comme la mienne, on peut très bien la finir sous une paire de fesses, et il ajoute que si je continue à rouscailler, il va me faire manger ce qui reste de ce sacré chapeau.

Je ne sais pas si vous connaissez mes antécédents, mais il n’y a pas beaucoup de bipèdes qui peuvent se vanter d’avoir parlé de la sorte à San-Antonio. Ceux qui s’y sont hasardés pouvaient, en sortant de mes pognes, passer la tête haute devant leur tailleur, et même lui demander du feu, sans crainte d’être reconnus. J’empoigne mon zigoto par les revers de sa gabardine et, d’un coup sec, je fais glisser le vêtement sur ses épaules. Il se trouve bloqué côté brandillons… Aussitôt, il se calme.

Sur ces entrefaites, le métrage de c…erie s’avère suffisant, la tordue y va de sa dernière larme, tandis que des cloches sonnent à toute volée. La lumière revient. Je regarde mon écraseur de badas, et je pousse une exclamation :

— Ferdinand !