— C’est heureux ; parce qu’il n’est plus en mesure de payer ses dettes. On vient de lui signer un reçu pour solde de tous comptes… M’est avis que vous feriez bien de passer un coup de tube au commissariat.
Il ne semble pas extraordinairement ému.
Il cherche sa respiration, la trouve et rentre dans son bar.
— À la boîte ! ordonné-je au rouquin.
Voici le moment de prendre quelques dispositions. On vient de me servir les hors-d’œuvre, je dois me préparer au plat de résistance. Faire chauffer les assiettes pour les viandes quoi ! Je vais commencer par le commencement, c’est-à-dire par Héléna. En v’là une dont il est grand temps que je m’occupe. Si je laisse flotter les rubans, la France va se dépeupler…
De retour à la Grande Maison, je grimpe au labo afin de me munir du matériel qui me paraît utile pour mener à bien ma mission.
Héléna va avoir un super ange gardien, moi je vous le dis. Je vais lui coller après comme un morceau de sparadrap.
Je fais transporter le matériel en question dans une petite Austin et je mets — seul cette fois — le cap sur le « Stevens’ office ».
La bagnole que je pilote offre plusieurs particularités dont il est impossible de se rendre compte si l’on n’est pas affranchi, elle n’a pas le châssis standard, mais un autre spécialement conçu pour elle, et sa carrosserie passe-partout recèle un moteur Abarth, ce qui fait qu’on peut grimper à 190 avec cette trottinette et en mettre plein la vue à n’importe quelle grosse batteuse.
La nuit descend prendre son service au moment où je parviens rue Gambetta. Je m’arrête à proximité du 64 et je regarde. Il ne me faut pas une minute pour repérer les deux types précédemment chargés de la filature. Ils se baguenaudent dans les parages avec des mines trop innocentes pour qu’un gamin de cinq ans ne crie pas que ce sont des flics…