Comme ma voiture est aussi pourvue de la radio, je mets le contact et j’appelle le boss.
— Dites-donc, chef, pouvez-vous immédiatement faire dire à vos bonshommes de rentrer ?
« Je m’en chargerais bien moi-même, mais s’ils sont brûlés, ça n’est guère prudent. »
— Entendu.
J’attends une demi-heure environ, et je vois radiner un motard. Il descend de sa machine et regarde autour de lui comme je l’ai fait précédemment. Lui non plus ne met pas longtemps à repérer les polichinelles. Il s’approche d’eux, leur dit quelques mots et enfourche son engin. Les copains vont à une voiture stationnée plus loin et les mettent. Ouf ; cette fois, c’est au gars San-Antonio de jouer !
La nuit est complètement tombée. Je mets mes feux de position. Heureusement, il y a un lampadaire juste devant la porte de chez Stevens, je n’ai pas à m’égratigner la rétine pour surveiller les allées et venues… Je dois le dire, le trafic est faiblard. Excepté une bonniche qui est allée poster du courrier, je n’ai vu entrer ou sortir personne. J’établis un petit courant d’air et je fume en rêvant à une poupée qui a eu des bontés pour moi la semaine précédente.
Je ne suis pas du tout du genre de mec qui se penche sur son passé, c’est un truc qui vous flanque moralement le torticolis. Simplement, je pense à cette môme parce que c’est une distraction qui en vaut une autre, et qu’on a toujours intérêt à se meubler l’esprit avec des images délicates. Vous ne pouvez pas savoir combien elle était chouïa, cette greluse.
Et pour jouer au calcif par-dessus la commode, oh pardon ! Elle aurait rendu des points à une équipe de professionnelles !
Mes pensées voltigent, pareilles à des papillons roses. Cette image pour vous rappeler que je ne suis pas seulement un écraseur de pifs, mais que la poésie est une copine à moi.
Brèfle, comme on dit dans le grand monde, je tue le temps de mon mieux. Tout de même c’est pas folichon de moisir à l’intérieur d’une voiture. Surtout lorsqu’on a pas l’esprit sardine à l’huile. Je n’aime pas à faire l’élevage des fourmis dans mes guiboles. Pourtant je dois attendre et ne pas me montrer. L’affût, c’est ce qu’il y a de plus tartignole dans la chasse.