Héléna est en train de se flanquer une coquille Saint-Jacques par la margoulette. Au fond, l’idée est à retenir. Je m’installe non loin d’elle et j’en commande une également.

Tout en mastiquant, je la reluque vachement. Pas la coquille Saint-Jacques, mais Héléna. D’où je suis, je la découvre de trois quarts. C’est un beau coup d’œil. Quel profil ! Et dire qu’elle a la paire ! Dommage qu’elle se livre à un job pas catholique…

Je siffle mon verre de pouilly.

Après tout, rien ne prouve qu’elle soit mouillée. C’est un simple boulot de déduction qui nous a conduits, le patron et moi, à la jouer coupable. Peut-être qu’à côté d’elle Blanche-Neige est une Marie-couche-toi-là…

Seulement un fait contrarie cet optimisme : je ne crois pas qu’on puisse mettre sur le compte du hasard la présence simultanée dans ce restaurant d’Héléna et du frisé au regard d’aveugle.

Enfin, comme disait si bien la comtesse de Chauvillé du Parc :

— C’est pas la peine de se casser le bol avant d’être mieux rencardé…

Au dessert, il se passe du nouveau :

Un beau ténébreux vient s’asseoir à la table de la poulette. C’est un grand blond, d’une quarantaine d’années, qui ressemble à un don juan du cinéma muet.

Il se met à susurrer des mamours à Héléna et Héléna paraît savourer sa guimauve. Elle lui fait des sourires format carte postale. Lui il se trémousse, il fait des gestes délicats, il ne se sent plus… Tout à l’heure il va boire la flotte contenue dans le vase de fleurs…