À cette allure, ils ne vont pas tarder à filer ; ils doivent avoir des tas de trucs à se dire et sûrement à se faire, en particulier…

Pour prévenir toute éventualité, je paie mon addition et je file dans ma bagnole. Bien m’en a pris. Je ne suis pas derrière mon volant que déjà ils apparaissent.

La filature continue. Pas longtemps. Le couple atterrit rue de Courcelles. Il pénètre dans un immeuble discret qui m’a tout l’air d’être un de ces endroits où les messieurs et les dames qui ne sont pas maridas ensemble vont jouer à papa-maman. Lorsqu’ils ont franchi la porte je compte jusqu’à soixante, ce qui est la meilleure façon de fabriquer une minute, et j’appuie sur le bouton de la lourde.

Comme prévu, je pénètre dans un vaste hall plein de tapis et de plantes vertes. Une dame d’aspect trop respectable s’amène, la bouche en issue d’œufs… Elle tient de la dame patronnesse avec un petit quelque chose d’un peu rombière.

— Vous désirez ? me demande-t-elle.

— Une chambre, je lui fais…

Elle prend l’air horrifié d’une religieuse à qui on proposerait des photos obscènes.

— Enfin, un studio, rectifié-je…

Elle hésite puis, dans un souffle, en détournant la tête elle murmure :

— Vous venez de la part de quelqu’un ?