— Ça va, conduisez-moi dans une pièce contiguë…

Quelques minutes plus tard, je suis dans un coquet studio arrangé avec beaucoup de goût. La tenancière me désigne un tableau qui représente une poire sur une soucoupe.

— Derrière ce tableau, il y a un trou par lequel vous pourrez observer, me dit-elle.

Elle se fait la paire.

Je décroche le tableau et je constate qu’en effet le mur est percé à cet endroit. Dans la cavité se trouve un verre de loupe qui permet de bigler l’ensemble de la chambre voisine.

Ce que je vois transforme ma moelle épinière en sirop d’orange. Notre Héléna nationale se dessape sans faire de tintouin devant son copain qui en fait autant.

Je constate de visu que son châssis correspond parfaitement à l’idée que je m’en faisais. Elle est mince, souple, et ses hanches sont creusées harmonieusement. Bref, pour décrire convenablement ce petit lot il faudrait les dons d’un Pierre Louys.

Tout à l’heure mes châsses vont être salement mélangés, j’en ai peur. Je suis bon pour une visite à l’oculiste.

Mais même si j’étais menacé de devenir aveugle, je ne raterais pas un spectacle de cette qualité.

Héléna vient de s’allonger sur le pageot. Sa peau est pâle comme le sont certains vases de Bohème ; ses seins sont drus et modelés pour s’adapter à la main de l’homme. Ses cheveux répandus sous sa tête achèvent de donner à l’image un caractère affolant. Je me dis que si je mate encore un moment par mon judas je vais avoir un voltage tel que je sauterai à pieds joints l’île de la Cité.