Je laisse retomber le tableau et je descends à ma voiture afin d’y prendre le matériel dont je me suis muni. C’est un petit magnétophone de notre cru qui s’adapte n’importe où. Je le branche dans le trou et j’arrange le dispositif. Il me faudrait quelque chose pour caler l’appareil contre le mur. J’empoigne un annuaire téléphonique qui se trouve sur une tablette et je l’ouvre en son milieu afin qu’il serve de support au magnétophone. J’arrange mon petit bazar et je m’offre une cigarette.

Je peux me détendre un brin : pas un soupir de la môme Héléna ne m’échappera. J’ai dans l’idée que l’enregistrement vaudra son pesant de moutarde. Il y a des amateurs qui en proposeront une fortune !

J’éprouve une légitime fierté. En somme je n’ai pas perdu mon temps.

Je règle l’appareil et je m’apprête à me relever lorsque mon regard qui est toujours à la hauteur des circonstances se pose sur l’annuaire ouvert. On peut y lire une ligne non recouverte par le magnétophone. Je lis :

Le Champignon, bar, rue Fontaine.

Je ne sais pas si vous croyez au père Noël ? Moi je vous affirme que pour le quart d’heure je ferais du pâté de foie avec le type qui me soutiendrait qu’il n’existe pas.

Le Champignon bar ! Champignon ! Champignon !

Comment n’ai-je pas songé plus tôt à un truc de ce genre ?

Comment n’ai-je pas compris que les mots français qui se prononcent dans une conversation étrangère sont en général des noms de lieux ?

Champignon ! répétait Héléna dans le téléphone…