À ce moment, l’ouvreuse vient nous proposer des esquimaux.

Je lui assure qu’elle peut les renvoyer en terre Adélie, et je fais signe à Ferdinand de me suivre.

Je ne sais pas si vous êtes développés du côté méninges, mais laissez-moi vous dire que dans mon job, on ne rate pas une occase pareille. C’est comme en amour. Dites-vous toujours, lorsqu’une mousmé vous propose de jouer à la brouette chinoise, que c’est un truc qui ne se représentera peut-être jamais.

Nous voilà dehors. Il flotte toujours. Je guide Ferdinand dans un bistro et, d’autorité, je commande des grogs. Le grog, c’est l’ami de l’homme.

— Fais sissi, Ferdi, ordonné-je.

D’un coup de postère, je le pousse sur la banquette, et je prends place à ses côtés.

— Veux-tu que nous nous racontions une histoire ? je lui demande.

« Une bath histoire ; moi je la commence, et toi, tu la finis…

« Il était une fois un petit futé qui s’appelait Ferdinand et qu’avait trop lu les Pieds Nickelés. Un jour, il décide de faire un fric-frac dans un coin pépère. Seulement, ce Ferdinand-là, c’est un peu le Père Tranquille. Il aime pas les vacances à la grande taule, et il se munit d’un condé. Pour cela, il emploie les moyens classiques : ce sont les meilleurs. Le ciné est un bel alibi lorsqu’on s’y fait remarquer. Alors, il va dans une salle dont il connaît déjà le film et, bien que ce soit l’heure creuse et qu’il n’y ait pas douze pèlerins, il trouve le moyen d’aller s’asseoir sur le bitos d’un mec, alors que huit cents autres fauteuils lui tendent les bras. Ce qu’il cherche, c’est à attirer l’attention sur sa petite tête de pinceau usagé. Une altercation, à ce moment, ne peut passer inaperçue. De cette façon, l’ouvreuse témoignera, le cas échéant, qu’il se trouvait bien au cinéma… »

Je bois une gorgée de grog.