QUI VA À LA CHASSE…

Je ne dis rien. Il y a des cas où le silence est la seule réaction dont on puisse accoucher. Je reste accroupi devant le cadavre décapité. J’ai vaguement l’impression de devenir gâteux. Ma tronche doit se déshydrater à toute pompe !

On est en plein cinéma ! Les lumières vont revenir et on va pouvoir s’offrir des chocolats glacés ; bonbons, caramels au lait !

J’ai vécu déjà de drôles de patacaisses, mais j’avoue que cette fois, je suis fadé en émotions…

Je pousse un soupir qui ferait traverser l’Atlantique à une goélette ; je me redresse et j’allume une cigarette.

Il y a une heure environ, je quitte Héléna dans un petit meublé clandestin. Elle est en costume d’Ève avec un don juan qui, lui, est en costume d’Adam. Ils s’apprêtent à jouer à la bête à deux dos… Moi, je vais torcher quelques centilitres de rye en regardant trois souris à poil derrière une plume… Un coup de fil mystérieux. Je fonce à Louveciennes et je trouve le cadavre d’Héléna…

Voilà de quoi rendre dingue un fauteuil à roulettes ! Je me rends enfin compte d’une chose : c’est que, jusque-là, j’ai été le jouet d’une bande de loquedus qui m’ont manœuvré comme un appareil à sous. J’aime assez jouer au ping-pong mais à condition de ne pas faire la balle.

Je me trouve avec un drôle d’écheveau à débrouiller et il va falloir que je le débrouille si je tiens à sauvegarder ma réputation. J’ai idée que l’exercice auquel je vais me livrer est des plus trapus, j’aimerais presque mieux chercher un grain de réglisse dans un tonneau de goudron !

Au fond du couloir, il y a une fenêtre aux carreaux brisés. Je vais y respirer l’air mouille de cette sacrée nuit d’automne. La fraîcheur me fait un bien immense. Si je tenais une bouteille de rhum, je crois que je redeviendrais l’homme des grandes circonstances.

En attendant qu’il s’en trouve une dans ma vie, je décide de faire le point.