Je prends mon ouvre-boîtes breveté Jules-les-grosses-pognes et amélioré San-Antonio, c’est un bijou qui me permet de discuter le coup avec n’importe quelle serrure boudeuse, et j’ouvre la grille… En quatre enjambées je traverse l’allée semée de graviers… La porte de la boîte est aussi docile. Me voici dans un vaste hall carrelé. C’est vachement rupin et il y fait chaud.
— Y a quelqu’un ? beuglé-je.
Décidément ce sera mon cri de la nuit !
J’entends un bruit de pas derrière moi. Deux ombres se profilent sur le perron. C’est un couple. Dans la gerce je reconnais la femme de chambre qui, en fin de journée, est allée poster le courrier. L’autre, ce doit être le larbin. Ils sont en tenue de ville et paraissent siphonnés de me trouver là.
— Que désirez-vous ? me fait l’homme…
Il regarde autour de lui et, sans attendre ma réponse, attaque par une seconde question.
— C’est Bertrand qui vous a ouvert ?
— Non, dis-je tranquillement, c’est moi. Tout le monde a l’air d’en écraser ici… Bertrand est le gardien, je suppose ?
— Oui.
Il se dirige vers le fond du hall.