Heureusement, j’ai un rouleau de toile isolante. Il ne me faut pas longtemps pour remettre mon Austin en état de marche. Heureusement qu’elle a des possibilités cachées, cette mignonne ! Au risque de rentrer dans les décors, je regagne Pantruche à la vitesse d’un avion à réaction.

Je parie que vous vous demandez où je cavale ainsi ? Ça ne m’étonnerait pas de vous, bande de ramollis ! Où iriez-vous, vous, si vous étiez à ma place ? Hein ? À Médrano, au cinéma, ou bien chez la souris qui vous fait croire qu’elle ne se nourrirait plus que de gardénal si vous passiez l’arme à gauche ?

Moi ? Eh bien, je retourne à la source, comme le font les anguilles qui vont crever… La source, voyez-vous, c’est la carrée au père Stevens. C’est la fusée…

Depuis le début de mon enquête — qui ne remonte qu’à quelques heures, je vous le fais remarquer — je n’ai pas encore contacté le vieux savant. J’ai voulu suivre les directives du grand patron et, comme toutes les fois que je n’ai pas obéi à mes seules impulsions, ça ne carbure pas.

Onze heures sonnent quelque part dans Boulogne lorsque je débouche rue Gambetta.

Cette fois, il n’est plus question de jouer à cache-cache et je ne cherche pas à planquer mon tréteau. Je l’arrête pile devant le 64. La façade est obscure. On se pieute de bonne heure chez l’English !

J’appuie sur le bouton de la sonnette. Un grêle tintement retentit à l’intérieur de la maison.

J’attends : rien ne bouge, aucune lumière ne filtre.

On ne va tout de même pas me faire le coup de la maison hantée, non !

J’actionne à nouveau la sonnette ; puis je compte jusqu’à douze. Je me mets toujours à compter quand je veux user mon énervement. Mais cette fois, je suis tellement à cran que je n’ai pas la force d’aller jusqu’à soixante.