Je grimpe dans la chambre mise à ma disposition précédemment et je débranche mon magnétophone. Avant de filer, je vais jeter un coup d’œil à la pièce qu’ils occupaient.

Le désordre me laisse rêveur. J’ai idée que la môme Héléna devait être une affaire cotée en bourse du point de vue amour. On devait, avec une gerce pareille, avoir l’impression de faire l’amour avec le Stromboli, je m’y connais un brin, n’ayant pas fait mon éducation sexuelle par correspondance, mais sur le champ de manœuvres…

Tout est ravagé sur le pucier. Je bigle à fond le spectacle ; non par sadisme, mais parce qu’après tout je suis un sacré salaud de flic et que le premier devoir d’un flic, lorsqu’il a des mirettes, c’est de les faire fonctionner.

Je découvre, sur l’oreiller, quelques cheveux. On trouve toujours des tifs sur un oreiller, sauf évidemment sur celui de Yul Brynner.

Je les ramasse, non que j’aie l’intention, de m’en faire tricoter un passe-montagne, mais quelque chose attire mon attention. Je m’aperçois que les crins de la pauvre môme Héléna n’étaient pas bruns à l’origine, mais d’un blond vénitien. Elle se faisait teindre comme la plupart des souris. Près de la racine, les cheveux sont brillants comme des fils d’or rouge.

Rappelez-vous qu’il faut vraiment être une gonzesse déplafonnée pour se faire peinturer la tignasse, quand on a des douilles pareilles !

Enfin, il n’est plus question d’esthétique au sujet de cette fille. Maintenant, avec sa tête tranchée elle aurait des tifs en platine que ça n’améliorerait pas son sort.

Je hausse les épaules avec tout le fatalisme qui convient à la situation.

— Si, par hasard vous revoyez ce Maubourg, dis-je à la vieille dame, prévenez-nous illico.

« Vous avez une idée de son adresse ? »