Il y a un peu moins de trèfle au « Champignon ». Quelques enragés occupent la piste de danse et se remuent le panier en faisant croire qu’ils s’amusent comme des petits fous.

Grand bien leur fasse.

Je reprends ma place au comptoir et je redemande du whisky. Le garçon s’empresse. Je siffle mon glass et je vais musarder à travers la taule, histoire de me rendre compte si la femme de ménage n’oublie pas des toiles d’araignée dans les coins.

Tout à l’air parfaitement normal. Il y a des danseurs, ainsi que je viens de le dire, puis d’autres couples attablés qui ont l’air schlass et qui se bonnissent des trucs sur la repopulation…

Le pianiste, qui ressemble à un instituteur allemand, y met toute la sauce comme un bourrin de fiacre qui renifle l’écurie.

Ma promenade me conduit aux lavabos où je me lave les paluches, because je me souviens que c’est une opération à laquelle je ne me suis pas livré depuis un bon moment.

Tout en oignant mes doigts de baveux, j’examine mon physique de théâtre dans la glace. Comme je connais ma trompette par cœur, cette occupation perd de son intérêt, Alors, je regarde autre chose, et cette autre chose, c’est une cabine téléphonique. Elle est encastrée entre les gogs et le vestiaire. Mon pifomètre remue. Je lui obéis. Je m’approche de la momaque préposée aux lieux, et je lui dédicace mon sourire le plus charmeur, C’est juste le calibre de souris qui ne se sent plus lorsqu’un mec pas trop mal bousculé lui montre son clavier.

Je lui pose un biffeton de cinq ballettes devant le nez.

— Ça marche, les affaires, trésor ?

— Comme ça, elle répond.