Elle doit avoir le bulbe du cerveau gros comme un œil de fourmi. Des mômes qui ont l’air à ce point bouchées, moi, j’ai envie de leur parler petit-nègre.

— Tiens, fais-je, il faut que je passe un coup de fil. C’est vous qui vous occupez du moulin à prières ?

— Oui. Vous voulez un jeton ?

Je regarde ma montre comme un type qui craint de ne pas trouver son correspondant.

— Non, l’ami à qui je veux téléphoner ne doit pas être rentré du théâtre, je l’appellerai du comptoir… dans un moment.

Elle secoue sa tête vide.

— L’appareil du comptoir est un appareil intérieur…

Ça biche ! Comme vous pouvez voir, voilà un fait nouveau ! Je comprends pourquoi cette question de téléphone m’avait tant tracassé… L’appareil du comptoir, je viens de m’en souvenir, n’a pas de cadran. Dans ma précipitation, au début de la soirée, j’ai enregistré le fait distraitement en quelque sorte.

— Bon Dieu, poursuis-je, c’est pourtant pas le Carlton, cette carrée, pour avoir le téléphone intérieur. Y a donc des dépendances ?

Elle se trouble. Ou plutôt elle joue à la môme qui se trouble. Elle joue la comédie comme la jouerait un bison des hauts plateaux.