Elle ajoute vivement :

— Mais j’ai une chambre indépendante… Au fond du couloir…

Je réfléchis :

— Écoutez, mon chou, peut-être que je me trompe, si cela était, vous le direz, mais je sens que j’ai une grosse sympathie pour vous… Je sens que vous êtes la femme idéale pour me tenir la main lorsque je fais des cauchemars.

C’est pas vrai ?

Elle sourit comme la vache de Monsavon.

— Je parie qu’il y a des souris dans votre chambre, continué-je, passez-moi la clé et je leur flanquerai la frousse en leur racontant des histoires de gros vilain chat ; comme ça, tout à l’heure, vous pourrez faire dodo sur mon épaule…

Elle me regarde de cet air incertain qu’ont les gonzesses lorsqu’un mec qu’elles ne connaissent pas leur propose la bagatelle. Ce regard-là, elles l’ont toutes : les malignes et les locdues ; les vioques et les gamines ; les vertueuses et les paillasses… Il veut dire : « Est-ce que tu es franco, ou bien est-ce que tu mijotes autre chose ? » Lorsqu’une poulette le pose sur votre individu, c’est le moment de prendre votre air séraphique, les gars ; vous pouvez m’en croire…

Moi, des gerces, j’en ai pratiqué des tombereaux, je me suis farci des miss Europe et des marchandes de cresson, ça m’a permis de faire de la psychologie appliquée et de me construire des plans d’attaque…

Mes yeux deviennent moelleux comme de la crème Chantilly. Lentement, la cocotte se baisse et s’empare de son sac à main. Elle l’ouvre, y pêche une clef.