Je ne puis AGIR, PASSER à AUTRE CHOSE, TANT QUE JE N’AURAIS PAS liquidé la question du « Champignon ».

Le plus grand des hasards, joint à mon renifleur breveté, m’a amené dans cet établissement. Le patron est mêlé d’extrêmement près à tout le bidule. Pas l’ombre d’une hésitation à ce sujet : Schwartz a téléphoné à Maubourg pour lui dire de lâcher sa partie de jarretelles. Il savait où il se rendrait et ce qui allait se passer, puisqu’il m’a prévenu.

Conclusion, ce mec en connaît plus long sur l’affaire Stevens que sur le chiffre secret de Louis XIV. C’est net, précis, remis à neuf et emballé dans du papier de soie. J’ouvre les tiroirs des commodes, afin de me rendre compte si la môme Porte-Fringues a un flacon de quelque chose à la traîne pour les invités. Elle a en effet un flacon de quelque chose, mais il s’agit d’eau de Cologne ! Je reviens au paddock. Il n’y a plus qu’à attendre. D’ici une petite heure, elle s’amènera, et je m’arrangerai pour lui faire cracher tout ce qu’elle sait sur le singulier patron du « Champignon ».

Ouf ! c’est rudement fameux de s’allonger un instant. Les minutes passent. Le réveil de ma petite copine égrène le temps… Les bruits du « Champignon » ne me parviennent presque pas. C’est une vague rumeur, très confuse, qui ne trouble pas le silence ambiant. Depuis que je suis entré, il se fait dans la pièce comme une espèce de léger sifflement continu. Ça doit venir d’une conduite de flotte qui passe par là. Je ne me laisse pas distraire de mes préoccupations. Je remue toujours à plein cerveau les éléments de cette ténébreuse histoire. Coup de téléphone ; Schwartz ; Maubourg ; Héléna… La tête d’Héléna…

Soudain, j’ai la force de comprendre que je m’endors… Vous savez : j’ai le sentiment bizarre de flotter au-dessus du lit. Je pense en pointillé… Je…

Et alors, soudain, mon subconscient réagit. Je fais une découverte. Une découverte intime ; une découverte ébouriffante : je suis en train de m’endormir, et pourtant JE N’AI PAS SOMMEIL. Vous entravez, bande de noix ?

Je me sens bien, je glisse dans le cirage, mais sans avoir envie d’en écraser.

Que se passe-t-il ?

Il me faut un bon moment pour me faire une opinion. J’ai la tête lourde comme si elle était en plomb, et je me sens sans forces. Vous me donneriez une cacahuète, que je serais incapable de l’écraser.

Est-ce que je prends une attaque ?