Cette voix, je crois la reconnaître. Dans quelle vie antérieure l’ai-je entendue ?

Des mains m’empoignent. On m’emmène. Il y a quelques personnes dans le couloir. Il fait sombre ; je respire profondément… Les cloches qui carillonnent sous mon dôme s’éloignent. Peut-être qu’elles s’en vont à Rome ? J’ai l’impression que le sang circule à nouveau dans mes flubes ; que mes nerfs redeviennent des nerfs et que si je veux remuer mes nougats, je peux y arriver. Une formidable envie de dégueuler me tord les tripes. Je me dis que c’est bon signe et que je tiens le bon bout. Je suis sauvé. Grâce à mon feu. Il m’a donné l’air pur régénérateur et a attiré du trèfle.

Cette dernière pensée me contriste un brin. Y a pas, c’est gagné pour la chose de la discrétion. Et moi qui voulais me rencarder en loucedé sur le « Champignon »… C’est pour le coup que toute la boîte doit être en émoi. Si Schwartz croisait dans le secteur, il est affranchi maintenant.

Le naturel flicard reprend le pas sur mes nausées.

Je me débats afin de me remettre sur pattes. Nous autres, matuches, nous avons le boulot chevillé à l’âme. Lorsque vous tranchez le goulot d’un canard, il court encore en balançant son moignon sanglant ; eh bien ! pour les agents secrets, c’est presque du kif qui se produit ! Mortibus, il lui reste des réflexes, et ces réflexes manœuvrent encore pour le turbin.

— Ne vous agitez pas, fait une voix de gerce.

Je pense, dans mon état comateux, qu’il serait mieux, en effet, qu’on me fasse un tubage ou une piquouse, ou je ne sais pas quoi, à l’hosto du coin, pour me rebecqueter.

Je me tiens peinard.

On me rentre avec des ahanements de bûcheron dans une bagnole. Quelqu’un s’installe à mes côtés, ça doit être la femme qui vient de parler, car ça renifle le parfum. Des mecs prennent place devant. Tout ça, je le devine à des heurts familiers.

Je pousse un soupir qui attendrirait une bordure de trottoir, et j’ouvre un store. C’est moins trouble que tout à l’heure. Les formes sont plus précises. Je distingue très bien leurs contours, leurs couleurs…