Quelle ville ! Je propose à Favelli de m’accompagner.

— Où ça ? demande-t-il en riant.

Il ajoute qu’avec moi, on peut s’attendre à déclencher simultanément tout ce que la ville compte comme pistolets, néanmoins il attrape son chapeau et se couronne roi des flics marseillais.

La rue Saint-Ferréol n’est pas loin. Pourquoi prendre cette rue comme but de promenade ? Tout bonnement parce que le Chinois y demeurait et que je serais curieux de visiter son appartement. Si le lecteur a assez de mémoire pour se souvenir qu’il a payé ses impôts de l’an dernier, il n’a pas dû oublier que j’avais pris les clés du pauvre Confucius, à la morgue, l’autre jour.

Le hasard a voulu que ce trousseau, je le glisse dans la poche de mon pantalon, ce qui l’a sauvé de l’explosion de l’hôpital, et qu’ensuite, je le laisse à mon hôtel, précaution sans laquelle il aurait été détruit avec mes fringues chez la belle Elsa.

Le hasard ! Toujours lui… Moi je lui obéis aussi souvent qu’il m’obéit lui-même. J’ai vu une sorte de présage dans le fait que ces clés aient été épargnées au cours de mes récentes tribulations. Je me dis, avec un bon sens de maquignon normand, que si j’ai pu les conserver, c’est parce qu’il est dit que je dois m’en servir.

Ça vous paraît sans doute un peu simpliste comme raisonnement. Malgré toutes vos critiques, je m’entête à le tenir comme l’exemple type de ma philosophie.

L’appartement du Chinetoque se compose de deux pièces assez mal tenues : un studio et une cuisine. Favelli et moi commençons par fouiller consciencieusement de partout.

— Avez-vous une idée de ce que vous cherchez ? me demande malicieusement mon collègue.

— Écoutez, il se pourrait bien que ce magot ait eu de la drogue en sa possession. Lorsque je l’ai menacé d’une perquisition, il est devenu tout vert — ce qui est la façon de rougir des Chinois.