À nous deux, docteur Silbarn !

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Un petit enfant qui vient d’obtenir la croix n’a pas l’air plus innocent que moi, au moment où je reviens au salon. Je me montre gai et enjoué. Je raconte un tas de blagues qui font rire mes hôtes jusqu’aux larmes. J’ai l’intense satisfaction de me laisser offrir une nouvelle fine Napoléon. Quel nectar !

Mon copain Silbarn boit modérément. Il est le premier à rire de mes saillies. Je le contemple d’un œil amical en rêvant à ce que je lui ferais si nous étions enfermés dans une cabine téléphonique. Croyez-moi, ce coco-là est un malin. Vous auriez plus vite fait de fendre en deux une enclume avec un marteau de caoutchouc que de surprendre sur son visage un reflet de ses pensées intimes.

Enfin, un adversaire à ma mesure !

Lorsque je prends congé, nous nous congratulons, lui et moi. Il me dit que je suis un conteur impayable et qu’il est de plus en plus ravi de m’avoir connu. Je lui réponds que pour moi c’est du kif au carré. Deux serpents qui se diraient des choses d’amour n’auraient pas l’air moins sournois. Julia me propose de me raccompagner en bagnole, et j’accepte.

Cette petite course nocturne me séduit. D’abord parce que ce n’est pas déplaisant de faire découvrir la Grande Ourse à Julia, ensuite parce que je vais avoir besoin d’elle pour posséder le faux Amerlock.

Nous filons bon train, les cheveux au vent. Ah ! ce que c’est bon de rouler le long de cette côte divine ! Les mimosas sentent bon, les palmiers frissonnent. La mer palpite sous le ciel de nuit.

— C’est épatant, dis-je à Julia… Je voudrais que ma vie se fixe à jamais sur cet instant.

— Ça ne dépend que de vous, Tony.