En épluchant une pêche aussi grosse qu’une boule d’escalier, je projette un petit coup fourré. Je me mets à parler d’un espion que j’ai arrêté l’an dernier à Lille et qui a passé à la casserole la semaine précédente.
— Une vraie gueule de tueur, dis-je, du reste j’ai encore sa photo sur moi.
Je sors la photo de mon oncle Ferdinand, que je promène dans un petit carnet et qui m’a déjà rendu pas mal de services, et je la présente à Mme Nertex, assise à ma gauche. La photographie fait le tour et me revient, il ne me reste qu’à la montrer à Silbarn. À ce moment-là, l’image me glisse des doigts et tombe dans le jus de ma pêche. Je m’excuse et l’essuie avec ma serviette, ceci pour effacer toutes les empreintes qui s’y trouvent déjà. Après quoi je la tends au toubib.
Quand il me la rend, je la remets précautionneusement dans mon carnet.
Après le dessert, nous passons au fumoir. Je ne sais comment je fais mon compte, mais je renverse ma tasse de café sur mon pantalon.
— Décidément, je suis un fichu maladroit ! m’exclamé-je.
Je demande la permission d’aller réparer les dégâts aux lavabos.
Si vous n’êtes pas une bande de pégreleux, vous avez déjà pigé que mes faux mouvements font partie d’un plan d’action préétabli. Dès que je suis isolé, j’examine la photo et la compare à la série d’empreintes photographiques que j’ai ramenées de Marseille.
Un beau sourire fend ma poire en deux.
Cette fois, ça y est, je tiens mon fameux zigoto : l’homme qui ordonne de me descendre et qui prend mon lit pour un terrain stratégique.