— Vous avez mis dans le mille, mon vieux. Maintenant la lumière se fait. Je m’étais toujours demandé ce que signifiait ce tube dans le bec du mort.

Je regarde ma montre. L’heure du retour est proche.

— Je regagne Nice. J’espère que mon assassin aura bientôt une paire de bracelets nickelés aux poignets.

— Je l’espère aussi.

CHAPITRE VI

Je ne suis pas un cave

Le dîner chez les Nertex est aussi cordial que la veille ; la chère y est tout aussi choisie. Ces gens-là mettent les petits plats dans les grands pour me recevoir. Néanmoins, je suis moins loquace. Ma tension d’esprit est très forte, car j’ai décidé que cette affaire à ricochets serait terminée une fois pour toutes demain matin. Et si elle s’achève comme j’ai décidé qu’elle s’achèverait, je crois que mes amis Nertex et leur adorable Julia auront une belle surprise en buvant leur café au lait.

J’ai fait travailler ma matière grise à bloc ces temps-ci, et j’en suis arrivé à la conclusion que le fameux docteur Silbarn est aussi américain que je suis guatémaltèque. Je suis persuadé que ce bonhomme, avec sa figure d’éponge, appartient à la bande des espions et qu’il s’est introduit chez les Nertex sous prétexte de collaboration scientifique, pour se trouver un abri sûr. Il sera dit que ma douce Julia aura été la dupe jusqu’à la gauche.

Ça vous en bouche une tartine, hein ?

Vous devez vous demander sur quoi je me base pour affirmer de pareilles choses. Eh bien, voilà : lorsque j’ai parlé de Chicago et de mon pote qui tient soi-disant un drugstore, j’ai lancé ça au chiqué, parce que j’ai l’habitude de me documenter sur les magots dont la trompette ne me revient pas. En réalité, je n’ai jamais connu personne à Chicago, pour la bonne raison que je n’y ai jamais porté mes grands pieds. Pourtant le Silbarn est tombé dans le piège. Ensuite, j’ai remarqué tout à l’heure qu’il trimbalait sous son bras gauche un de ces machins qui ne sont pas en vente libre. J’ai fait cette constatation d’une façon fortuite. Nous buvions du porto dans la bibliothèque. Julia recherchait un bouquin dans un rayon du haut, elle a poussé un cri, parce qu’elle venait de faire basculer une pile de livres et que celle-ci oscillait sans qu’elle parvienne à la stabiliser. Silbarn qui se trouvait à côté s’est précipité. C’est au moment où il a levé les bras que je me suis rendu compte qu’il portait un Luger dans une gaine de cuir. Drôle de trousse pour un médecin, vous ne trouvez pas ?