— Soyez sans inquiétude.
Elle me conduit devant le hall de l’hôtel. Je lui fais d’ultimes recommandations.
— Surtout, ne prévenez pas vos parents. Il ne faut pas que Silbarn ait des soupçons. J’irai le cueillir demain à midi avec quelques flics niçois. J’ai vu qu’il était armé, aussi procéderai-je en douceur. Cependant, j’aimerais que vous sortiez, ainsi que votre mère, au moment de l’arrestation.
Nous nous faisons cadeau d’un dernier baiser.
CHAPITRE VII
La vie n’est pas toujours drôle
Avant de monter dans ma chambre, je vais au bar et je demande au portier de nuit de me faire servir deux cafés filtres carabinés. Je juge opportun de me doper un peu, car je tiens à ne pas m’endormir cette nuit. Puis je m’introduis dans l’ascenseur et j’appuie sur le bouton du deuxième. Une fois dans le couloir, je m’arrête pour réfléchir. À partir de maintenant, mes faits et gestes vont être lourds de conséquences, je le pressens. Un faux pas et je pourrais bien me trouver dans un des tiroirs de la morgue, lorsque le soleil se lèvera demain matin. Si dans mon plan j’ai commis une erreur de jugement, ma peau ne vaut pas plus cher qu’une paire de bretelles usées au marché aux puces. Donc, attention ! Descente rapide, tournant dangereux, prenez garde aux enfants, don de Michelin, merci !
Je me décide et j’entre dans la chambre que j’occupais la nuit dernière. Qui ne risque rien n’a rien.
C’est Félicie qui me le disait lorsque j’étais lardon ; mais quand elle a vu qu’en grandissant je prenais cette maxime à la lettre, elle m’a prêché la modération.
Je n’allume pas. J’enlève une couverture au lit et je m’installe dans le fauteuil, après l’avoir traîné dans un angle de la pièce. Je vais attendre ici les événements. Je m’enveloppe les pieds dans la couvrante, je sors mon pétard, je relève le cran de sûreté ; de cette façon, je me sens moins seul.