Je sors ma lampe électrique-stylo et j’en dirige le faisceau sur le type étendu par terre. Je le reconnais, c’est mon voleur ; il est mort comme il n’est pas possible de l’être : une balle en pleine poire, ça doit être du 9 mm, car sa tronche a éclaté comme une vieille noix de coco hors d’usage. Mon imperméable est rouge de sang et il a sa cervelle dans mon chapeau. Décidément, je n’élèverai jamais de poissons rouges dans ce galurin.

Je réfléchis ferme, vous pouvez m’en croire, et j’arrive à une déduction lourde de sens : Tacaba avait l’ordre d’arrêter mes comptes de fin d’année avec une balle bien administrée. Mon voleur l’a trompé, grâce à l’imper et au chapeau faciles à repérer ; dans l’obscurité, le tueur s’est gouré (heureusement pour le fiston à Félicie) et c’est le pickpocket qui a écopé.

Ceci pour vous prouver une chose, c’est que bien mal acquis ne profite jamais, ainsi que le répétait mon vieux maître d’école.

Si cette figure de fifre n’avait pas eu l’idée de vouloir s’offrir mes fringues, il serait peut-être confortablement assis au Café Piémontais, au lieu d’être ratatiné sur ces marches. Il écouterait la belle pépée de tout à l’heure dans son répertoire. Il reluquerait ses gambettes qui composent la plus belle paire de jambes de Turin.

Alors que maintenant il a la tête aussi grande ouverte que les Galeries Lafayette un jour de vente réclame, et les doigts de pied en bouquet de violettes.

CHAPITRE II

Pas pour cette fois

Il y a des individus qui sont marqués par le destin ; j’en connais un ; dans l’intimité je l’appelle Bibi. En ce monde, il existe des pégreleux qui sont nés pour balayer le trottoir, d’autres pour vendre des bananes et d’autres encore pour manipuler des sulfateuses à répétition. Cela fait une paie qu’en ce qui me concerne, partout où je passe, la nature se transforme en cimetière.

Je regarde avec apitoiement la pauvre gonfle qui vient de se faire descendre et je m’évanouis rapidos en direction de mon hôtel.

Parvenu dans ma piaule, je tire le verrou et je m’allonge sur le lit pour réfléchir convenablement.