Profitant de l’absence momentanée de mon convoyeur, je change de wagon et remonte le train. Nous traversons un long tunnel et nous débouchons sur Gênes. À peine le train est-il entré en gare que je saute sur le quai et me fonds dans la foule.

J’ai changé mes batteries. Au lieu de me taper le train, je vais pioncer gentiment dans une albergo potable et je prendrai l’avion pour Rome demain matin.

*

Le lendemain, rasé de frais et la bouche en cœur, je fais mon entrée chez le chef italien de la surveillance du territoire.

C’est un vieux monsieur très bien qui ressemble au comte Sforza. Il n’a pas plus de tifs qu’un petit pain au lait, mais en revanche, il porte une moustache et un bouc blanc. Son regard est intelligent, il a de belles manières et je sens qu’il est francophile, rien qu’à la façon dont il me regarde.

Je lui colle sous le nez ma lettre d’introduction. Il la parcourt superficiellement.

— Jé sais, me dit-il, jé reçu oun câblé dé Paris.

Il tire sa barbichette comme pour se rendre compte si on ne lui en a pas ajusté une fausse pendant qu’il roupillait.

— Affaire péniblé, ajoute-t-il.

Tu parles ! D’après le peu qu’on m’en a dit, la nation qui héritera de l’invention aura un drôle d’atout en cas de bigornage général.