— Qui, elle ?
— Else.
— Qui est Else ?
— Le n° 1… Elle… elle t’aura… tout San Antonio que tu es.
Soudain, son visage se crispe et ses yeux deviennent fixes. Pas besoin d’une seconde balle, Tacaba vient de lâcher la rampe. Son corps glisse le long de la couchette et sa tête sonne contre la cloison du compartiment.
Je rengaine mon feu, ramasse la bouteille de whisky et torche les quelques gouttes demeurant au fond du flacon. Après quoi je sors. Dans le couloir, je croise le garçon de train et je lui restitue son képi d’amiral.
— On a bien rigolé, lui dis-je.
CHAPITRE III
Du drôle de monde
J’attends Gênes. Dans le lointain, les lumières du port scintillent comme la Voie lactée au mois de juillet. Je m’habille et empoigne ma valise. Il s’agit de filer sur la pointe des pieds si je ne veux pas que les carabiniers me cueillent au virage. Je n’oublie pas que je suis dans un bled étranger et que mon insigne ne contenterait pas la police italienne si celle-ci prenait la fantaisie de m’arrêter pour le meurtre de Tacaba. Si jamais un garçon de wagon ou un contrôleur découvrait le corps du gangster, je ne doute pas que les recherches s’orienteraient illico sur le gars San Antonio. Et, pour ne rien vous cacher, je ne me soucie pas de moisir plusieurs jours dans les geôles ritales ; surtout que le temps presse.