Mais elle ne peut proférer le moindre son car elle est littéralement sidérée.
Je souris et m’approche tout près d’elle. Je prends sa tête à deux mains, sans qu’elle songe à se libérer et je l’embrasse à ma façon. Ce baiser-là a l’air de lui faire de l’effet car j’aperçois ses yeux qui chavirent. Je sens que si je voulais, je pourrais profiter de la situation ; du reste, Else n’attend que ça, mais je la repousse et lui flanque une paire de gifles maison.
— Tu apprendras, lui expliqué-je tranquillement, que je fais toujours ce qui me plaît. J’avais envie de goûter à quoi était ton rouge à lèvres et de te coller une paire de tartes et me voilà assouvi ; maintenant, nous allons causer.
Elle a l’air complètement sinoquée.
— San Antonio, balbutie-t-elle, vous êtes le type le plus extraordinaire que j’aie jamais rencontré.
— Ne te fatigue pas, ma chérie, tu n’es pas la première qui me dit cela, et si je te racontais par où je suis passé dans ma chienne de vie, tu écrirais un bouquin gros comme ça et ce serait le best-seller de l’année.
« Mais passons. Puisque tu as l’air sage comme l’agneau qui vient de naître, je vais, en deux temps trois mouvements, t’exposer la situation telle qu’elle se présente. Voilà : tu es une bath gamine doublée d’une fichue garce, seulement comme je ne suis pas ici pour faire des études de mœurs, je m’en balance un tantinet.
« Tu diriges une bande de repris de justice et d’assassins et tu en as assez sur la patate pour que n’importe quel jury t’expédie à l’abbaye de Monte-à-Regret sans que le président de la République lève le petit doigt pour empêcher ça, mais nous ne sommes pas en France et ça ne me regarde pas.
« Tu as essayé de me dessouder et tu es prête à recommencer à la première occasion, mais je m’en tamponne parce que je me sens assez pubère pour t’envoyer aux prunes en cas de besoin.
« Enfin, tu as fauché les fameux plans et tu t’apprêtes à les laver au premier tordu qui s’amènera avec une lessiveuse de dollars ou de roubles, alors là je me manifeste. Pour ne rien te cacher de mes convictions intimes, l’énergie atomique, je m’en tape le derrière par terre parce que je suis un sage et que je trouve qu’on a suffisamment d’enchosements comme ça sur la Terre. Seulement, il y a le boulot, le devoir et un tas de machins de ce genre qui ne doivent rien signifier pour toi mais pour lesquels je risque cent fois par jour de me faire mettre l’intestin au grand air. C’est un mec français qui a mis l’appareil au point et il ne se sera pas cassé la nénette pour enrichir une bande de lopettes, tu saisis, mignonne ? Alors, tu vas me rendre les plans dans les deux minutes qui suivent, faute de quoi, lorsque ton Jules, le gominé et dénommé Bruno, viendra pour te bécoter au matin, ce qu’il trouvera sur cette couchette le dégoûtera tellement des gnères qu’il entrera dans un cloître, tu saisis toujours ? Autre chose, ne crois pas que je reculerai devant l’extrême, ce ne sont ni tes yeux de lavande ni ta bouche à la fraise, ni les deux trucs que tu portes sur le devant qui peuvent m’amadouer. Je suis comme ça et si tu ne me crois pas, tu n’as qu’à regarder mes châsses pour te rendre compte que je ne bluffe pas.