Je reprends ma respiration ; après une tirade pareille, je n’ai rien d’autre à faire.

Elle me regarde droit dans les yeux.

— Je te crois, dit-elle, toi au moins, tu es un mâle, les plans, les voilà.

Elle saute de son pageot et se précipite à la coiffeuse dont elle ouvre le tiroir. Une exclamation fuse de ses lèvres. Elle se retourne et me regarde. Moi je suis assis sur son dodo et je me cintre comme le nègre de la réclame pour le Banania. Je joue avec son pétard à crosse de nacre.

— Ma pauvre Else, lui dis-je, tu as tout de la nave.

Cette fois, elle en a un coup dans la pipe. Elle sent que vraiment le garçon qui est en face d’elle n’a pas un pois cassé en guise de cervelle.

— En somme, poursuis-je, la seule ressource que tu as, hormis celle que je te propose, c’est d’ameuter les gens du bord. Je tiens à insister sur le fait que ce serait signer ton arrêt de mort. Au point où j’en suis…

J’allonge le bras et l’empoigne. Elle se laisse remorquer. Quand elle est tout près de moi, j’y vais d’une nouvelle tournée de gifles. Et ça n’a pas l’air de lui plaire.

— Poulet du diable ! rugit-elle, j’aurai ta carcasse.

— Tu l’auras peut-être, oui, ma biche, mais à côté de la tienne dans un tiroir de la morgue.