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Ce sont les oiseaux qui me réveillent. Ils font un foin de tous les diables. Lorsqu’on en entend gazouiller un, on trouve ça charmant, mais lorsqu’ils sont des centaines à discutailler, on préférerait être assis au milieu d’une station de métro. Je m’étire et je m’assieds sur ma couche. Par la baie vitrée, je découvre un paysage de rêve : Naples, flamboyante sous le soleil, paresseusement allongée en arc de cercle. La mer dans laquelle on a dû laisser dégringoler quelque chose comme bleu à lessive… Et le Vésuve dans le fond, couronné d’une vapeur ténue. Sapristi, ce que je m’exprime bien ce matin !.. Je dois encore me trouver sous l’influence de mon consul.

Je saute du pieu et passe dans le cabinet de toilette. Une bonne douche et me voilà tout neuf. Je m’habille en sifflotant Rhapsody in Blue, mon hôte m’a procuré un costume gandinus. C’est un vêtement croisé en gabardine gris-bleu, avec ça il a mis une chemise grise à col italien, une cravate bleutée, des pompes à semelles de crêpe et des chaussettes à rayures bleues et grises. Lorsque je me suis sapé, je pousse une exclamation, je ne reconnais pas le beau mec qui fait des effets dans la glace et j’ai envie de me présenter à lui. Sûrement que si Félicie me voyait, elle croirait que je suis tombé en digue-digue pour une poulette.

Satisfait de ma carrosserie, je descends à la salle à manger. Il y a là mon hôte et sa femme. Je réprime un sifflement d’admiration car la personne qui me tend la main avec grâce ne s’est pas planquée dans un abri-refuge le jour où on a distribué la beauté. Elle est brune avec des yeux bleu clair et le plus chouette sourire qui ait jamais paré une paire de lèvres.

— Ainsi, commissaire, fait-elle, grâce à vous, nous vivons un roman d’aventures.

J’esquisse une petite moue modeste, dans le genre de « c’est la moindre des choses ».

Elle me fait asseoir et me prépare elle-même mon café et des toasts. Entre parenthèses, je préférerais plutôt un coup de raide, mais puisque je suis dans le monde, je joue à l’incroyable. Si je restais longtemps chez ce diplomate, j’acquerrais tellement de belles manières qu’à mon retour à Pantruche on me prendrait pour le chef du protocole.

Comme j’achève ma tasse, un petit doigt levé et la bouche en chemin d’œuf, le larbin de la nuit, astiqué comme une selle de jockey, apporte la réponse à mon câble. Je demande la permission d’en prendre connaissance et je me dégrouille de traduire les phrases, apparemment incohérentes, en clair.

Je lis l’ensemble et ne peux retenir un petit sifflement.

Voici la teneur du télégramme :