Le consul me dit que c’est d’accord. Nous enfermons ma blague à tabac dans son coffre, nous envoyons un message téléphoné en priorité diplomatique. Après quoi, il sonne son larbin et lui ordonne de me donner des fringues sèches, une chambre et de quoi fumer ; puis il ajoute qu’après cela le valeton devra dresser une table de deux couverts et servir un souper gentillet, sans oublier de mettre un pouilly-fuissé à la glace et deux bouteilles de châteauneuf à chambrer.
— J’aurais grand plaisir à grignoter en votre compagnie, me dit-il.
Tous ces détails pour vous donner un aperçu sur les manières d’un gars qui sait vivre.
*
Après avoir cassé la croûte, nous nous installons dans des fauteuils, sous la véranda. J’ai à la main droite un verre ballon à moitié rempli de cognac et je vois la vie exactement comme on devrait toujours la voir : du bon côté de la lorgnette.
Le consul me parle de Naples qu’il juge épatante.
— La plus curieuse ville du monde, m’assure-t-il. On y mène une existence très différente de chez nous, et même de celle de l’Italie du Nord. Demain, je vous piloterai dans les rues du bas quartier et vous verrez les étals en plein air, les artisans qui œuvrent dans la rue, les marchands de fruits qui hurlent leur marchandise, et les petits autels illuminés dans chaque boutique avec des gravures religieuses, des espèces d’icônes. Inouï, mon cher commissaire.
C’est son dada. Je le soupçonne d’être un idéaliste. Enfin, c’est son blaud à lui…
Je liche mon verre et je réprime un bâillement.
Le consul aussitôt se lève et me conduit à ma chambre. On se dit bon matin en se marrant, on se serre la pince et je me catapulte entre une paire de draps.