La jeune femme pousse un cri. Elle pâlit et s’assied dans le fauteuil le plus proche.
— Il est arrivé quelque chose à Gaétan ? demande-t-elle à l’ambassadeur. Parlez, monsieur, je vous en supplie.
L’interpellé baisse la tête.
— On m’a prévenu tout à l’heure par téléphone. Un cheminot l’a trouvé sur le ballast. Il avait un poignard dans la poitrine.
— Ah ! les salauds !
Je ne peux pas contenir ma rage. Je poursuis ma litanie :
— Les carnes ! Les ordures !.. Excusez-moi, dis-je tout à coup au diplomate : commissaire San Antonio.
Il me serre nerveusement la main.
— Je sais, les Affaires étrangères m’ont prévenu.
Nous nous empressons autour de Jeannine. C’est une rude femme. En pareil cas, les mômes font un cirque du tonnerre d’Allah : elles sanglotent, elles s’évanouissent, hurlent et déchirent leur mouchoir avec les dents… mais celle-ci est un vrai morceau de femme. Elle ne bronche pas, silencieusement, deux larmes coulent vers son menton. J’en ai la gorge serrée.