— Huit heures, ça vous convient ?

— Au poil.

Une fois seuls, l’Excellence et moi nous retournons auprès de Jeannine. Cette fille est de plus en plus formidable à mon sens, maintenant, ses yeux sont secs. Son immense peine ne se traduit plus que par la pâleur excessive de son visage. Ses yeux luisent drôlement.

— Alors ? fait-elle.

Je comprends qu’elle met toute son incertitude, tout son chagrin, dans ce mot.

— En attendant que l’on amène ici le… la… enfin votre malheureux frère, vous allez vous installer à l’ambassade, ma chère enfant. Ma femme sera là dans un instant et prendra soin de vous.

— Oui, approuvé-je, et moi, Jeannine, je fonce dans le tas, je ne souhaite pas à Else et à sa clique de me tomber dans les pattes parce que les mecs de l’Inquisition et les chefs de camps nazis passeraient pour les plus douces des Petites Sœurs des Pauvres à côté de moi en ce moment.

— Je vous accompagne, décide-t-elle.

Le diplomate et moi, nous nous récrions bien fort, mais elle insiste.

— Si je reste assise dans un fauteuil, à remuer des idées noires, cela n’avancera à rien, n’est-ce pas, tandis que si je suis avec vous, commissaire, avec la certitude de pourchasser les brutes qui ont tué Gaétan, je serai fortifiée par l’action. Vous me comprenez ?