Nous objectons que ce n’est pas prudent et que l’exemple de son frère devrait lui suffire. Mais nos adjurations sont sans résultat. Elle est butée, et c’est une femme qui sait ce qu’elle veut. Il ne me faut pas cent dix ans pour comprendre que sa décision est arrêtée et qu’on aurait plus de chances de faire faire les pieds au mur à une tortue que de lui faire abandonner son projet.

— Soyez certain, ajoute-t-elle, que je ne vous mettrai pas de bâtons dans les roues. J’ai au contraire l’impression que je peux vous être utile ; ils ne me connaissent pas, donc je suis moins repérable que vous qui avez eu maille à partir avec eux.

Je proteste encore pour la forme, puis je cède. Et nous prenons congé de l’ambassadeur, après que je lui ai remis les documents.

CHAPITRE III

Un beau gosse qui n’est pas content

— Pour commencer, avertis-je, nous allons briffer un brin. C’est une des conditions essentielles de réussite, lorsqu’on s’en va-t’en guerre. Que ça vous chante ou non, vous allez manger. Puisque vous êtes assez courageuse pour laisser votre chagrin à la consigne tant que les assassins ne seront pas arrêtés, vous allez m’obéir.

Elle se force à sourire.

— Bien, chef.

Je la regarde doucement.

— En général, je travaille seul, mais ça ne me déplaît pas tellement de faire une exception pour un auxiliaire de ce gabarit.