Je conduis la Talbot dans les rues de Rome. Nous passons sur un pont en dos-d’âne, sous lequel coule un ruisseau jaunâtre.
— C’est le Tibre, cette canalisation ? questionné-je.
Jeannine me fait signe que oui. Je ne sais pas bien que lui raconter ; je n’ai pas l’habitude de manipuler des demoiselles de la bonne société dont le frangin vient de se faire buter. Je vais pour la remonter, employer le grand moyen, celui qui réussit à tout le monde : aux ramasseurs de mégots comme aux nonces apostoliques, et aux veufs inconsolables comme aux amoureux-qui-sont-seuls-au-monde, je veux parler du glass. C’est pour cela que je me fais autoritaire quand il est question d’aller se restaurer. Je me promets de commander une bouteille de vin de France très sérieuse. Il faut absolument que Jeannine fasse fonctionner son pipe-line.
Nous traversons une place entourée d’arcades qui s’appelle la Piazza Colonnes. Un peu plus loin, j’aperçois un restaurant à l’angle d’une rue paisible. Cet établissement possède une terrasse en forme de tonnelle, très accueillante. Il y a de la verdure, des garçons à tête de jeunes premiers et des nappes jaune clair.
J’arrête l’auto.
— Descendez, dis-je.
Elle obéit mornement.
Je la pousse sur la terrasse et désigne une table d’angle au garçon qui s’empresse. Ces Italiens sont des dégourdis. Pas besoin de leur faire des causeries avec projection, ils pigent tout de suite.
Jeannine s’assied, toujours avec son air lointain. Sans lui demander son avis, contrairement aux lois de la bienséance, je compose un menu confortable : soufflé au fromage, perdrix aux choux, pâtisserie, bref, la moindre des choses.
— Et maintenant, dis-je au garçon, si tu ne parles pas français, galope chercher un interprète pour qu’on règle la question des vins.