J’allume une cigarette et la regarde s’éloigner. Quelle ligne, quelles jambes ! Je me tourne enfin vers le gérant.
— Avanti, dis-je.
Il me conduit dans un vestibule qui fait le tour de l’établissement. Une kyrielle de portes s’ouvrent dans ce couloir. Il en pousse une.
— Favorisca di qua.
J’entre et inspecte les lieux. C’est un petit coin peinard qui ressemble à tous les petits salons du monde. Enfin les petits salons de ces sortes de boîtes, c’est-à-dire des pièces discrètes, avec des divans moelleux comme du monbazillac et un cabinet de toilette attenant.
— Ça colle, mon gros, tu peux évacuer tes os.
Le faux fakir s’incline bien bas et va voir dans la salle si j’y suis. Je repousse la porte et tire un fauteuil juste derrière de façon qu’en pénétrant dans le salon, on ne puisse me voir tout de suite.
Je jette ma cigarette et j’en allume une autre.
Pourvu que Jeannine soit assez persuasive !
Je sors le rigolo que m’a envoyé Sorrenti. C’est une arme d’une fabrication qui m’est inconnue, peut-être italienne ? En tout cas, elle n’a pas l’air mauvaise. J’étudie son fonctionnement, je glisse un chargeur dans la crosse et lève le cran de sûreté. À ce moment, j’entends un bruit de pas dans le couloir. Je suis prêt. La porte s’ouvre. Jeannine pénètre dans le salon suivie de Bruno. Ce dernier, une fois entré, repousse la porte sans se retourner, ce qui fait qu’il ne m’aperçoit pas encore.