— Il vous dit qu’il ne parle pas très bien. Comme il vous le dit en italien, je suis certaine qu’il ne connaît pas un traître mot de français.
— Alors, servez-nous d’interprète. Demandez-lui s’il n’a pas de salon particulier.
Elle s’exécute. Le fakir-gérant écoute doctement et incline la tête affirmativement.
— Bon, dis-je, demandez-lui s’il veut en mettre un à ma disposition. Dites-lui qu’il ne s’agit pas d’une partie de jambes en l’air mais d’une discussion d’affaires. Je paierai ce qu’il faut à condition qu’on nous fiche la paix.
Elle répète mes paroles en italomuche.
Le type est toujours d’accord, pourvu qu’on lui lâche du flouze, il se moque bien qu’on utilise son local pour fabriquer de la dentelle, jouer au bilboquet ou organiser une conférence de Garry Davis.
Je paie d’avance et dis au bonhomme de m’attendre un instant.
— Maintenant, ma chère amie, c’est à vous de grimper sur le plateau. La réussite de mon plan repose sur vous. Vous allez vous transformer en vamp, et, en ondulant des hanches, vous approcher de lui. Vous vous assoirez sans façon à sa table et lui demanderez s’il n’a pas dix mille lires à mettre dans le sac à main d’une pépée à même de lui refiler des tuyaux sur un flic français et sur l’enveloppe qu’il trimbale dans sa blague à tabac. Surtout, ayez l’air cupide, ça le mettra en confiance. Lorsqu’il commencera à marcher, dites-lui que vous seriez mieux dans un des petits salons pour discutailler, car vous avez la pétoche. À ce moment, vous me l’amenez. Compris ?
Je la regarde, elle est frémissante.
— Compris.